Germaine Holley


Germaine Holley

née le 8 octobre 1904 à Besançon, 18h20


Charles Vouga
né le 21 juin 1889 à New York, 22h10

Ma première approche de l’Astrologie a été avant tout une approche bibliographique. Ne connaissant rien du milieu astrologique, j’écumais les librairies de Paris à la recherche de l’ouvrage qui allait vraiment me mettre sur le chemin, c’est-à-dire conforter l’orientation que j’avais prise. Pour moi, l’Astrologie ne pouvait qu’éclairer notre chemin vers cette Conscience que les différents enseignements que j’abordais me laissaient entrevoir. Cependant, étant novice, je n’avais pas confiance en mes intuitions et j’attendais qu’elles soient confirmées par des êtres qui avaient eux-mêmes fait le Chemin, des Aînés qui sauraient éclairer ma route parce que « eux savaient ».
Dans les années 70, j’allais régulièrement à la Librairie des Quatre-Vents, rue des Quatre-Vents la bien nommée, tenue par Monsieur Vidal. Par la suite, cette Librairie fut transférée, si mes souvenirs sont bons, rue Gît-le-Cœur – également bien nommée -. J’eus, comme tant d’autres, d’innombrables conversations avec Monsieur Vidal, homme affable, toujours prêt à éclairer celui ou celle qui entrait dans son antre. Il me fit découvrir une multitude de livres qui alimentaient ma réflexion, des ouvrages de base pour tout ce qui touchait aussi bien à l’Astrologie qu’à l’ésotérisme en général. Pourtant, c’est à la FNAC, rue de Rennes, qui venait d’ouvrir, que je découvris les premiers livres de Germaine Holley et de Charles Vouga. Tout d’abord, en janvier 1977, je fus impressionné par « l’Astrologie Expérimentale » (La Signification des Aspects majeurs et de leur puissance) qui fut publié par les Editions Traditionnelles, familières à tout chercheur en ésotérisme, qui se trouvaient Quai Saint-Michel, tout près de Notre-Dame. Par la suite, Madame Holley nous raconta comment Vouga écrivit ce petit opuscule d’une si grande richesse.

Charles Vouga était un conférencier absolument génial et inspiré – il suffit d’écouter la retranscription des bandes magnétiques sur cassettes pour s’en rendre compte. Sa voix grave et mélodieuse transportait l’assistance vers des hauteurs de pensée et de vision qu’elle ne pouvait imaginer avant de l’avoir entendu. Je n’ai pas eu l’occasion de le rencontrer car il avait déjà quitté ce monde quand j’ai connu Germaine Holley. Mais j’ai eu la chance d’écouter avec elle ces fameuses bandes magnétiques qui avaient si heureusement enregistré ses conférences. Certaines de ces bandes ont donc étaient transférées sur cassettes (par l’intermédiaire de Fanchon Pradalier-Roy et de son mari Hubert qui furent mes condisciples auprès de Germaine Holley), d’autres ont été retranscrites et publiées sous forme de livre aux Editions du Rocher. C’est ainsi que « Une Astrologie pour l’Ere du Verseau » vit le jour et je peux dire, avec une certaine fierté, que j’ai participé, avec d’autres, à sa mise en œuvre.

Avant que tout ceci n’arrive, j’avais découvert, à la FNAC rue de Rennes, deux opuscules ronéotés écrit par Germaine Holley : « Neptune-Pluton » et « Analyse expérimentale du Signe des Poissons » (suivie d’extraits de conférences de Ch. E. Vouga) et publiés à compte d’auteur. Puis, je pus acquérir « Rythmes Cosmiques et Destinée Humaine », publié aux Editions Traditionnelles en 1975. Ces écrits me firent forte impression car ils allaient réellement dans le sens de l’Astrologie d’évolution que je recherchais. J’attendais avec une grande impatience la sortie de « Comment comprendre votre Horoscope » annoncé aux Editions du Rocher.

Au début de l’année 1978, je tombais sur un extrait de conférence de Charles Vouga publié dans les « Ephémérides Charconac », aujourd’hui malheureusement disparues. Je lus ce texte avec un enthousiasme croissant. Enfin, quelqu’un exprimait, et de quelle manière !, tout ce que je ressentais, tout ce que je pressentais, sur le sens de l’Astrologie. Car, faire de l’Astrologie avait un sens : donner un sens à notre vie ! Et si nous sommes quelque part « déterminé », nous pouvons aussi être libre. Pour cela, nous dit Vouga, il nous faut nous élever de l’horizontale de la croix à sa verticale :

« Dans le thème astrologique, quelque chose est écrit définitivement pour une partie de notre être, mais non pas pour sa totalité. Car notre être ne s’inscrit pas en totalité sur le plan horizontal de la réalité ; la totalité de notre être embrasse également le plan vertical de la réalité. Et d’année en année, nous passons d’un plan horizontal à un autre, mais la verticale reste toujours le mystère intérieur des âmes. Dans cette verticalité de la croix, dans cette montée intérieure, se trouve le degré de libération de l’horizontale ; l’horizontale, c’est la fatalité, et la verticale, c’est la résurrection. »

Ce texte a véritablement résonné en moi comme une prière, comme une lumière et enfin je sus que mon désir de relier l’Astrologie à la quête de l’évolution n’était pas vain. Je comprenais pourquoi je ne pouvais m’en tenir à un savoir purement technique qui n’engageait pas notre vie tout entière dans le changement et la transformation vers plus de Conscience.

« Il ne servirait à rien de connaître l’Astrologie pour connaître uniquement les murs de notre cage, et l’ordonnance de notre cage, si dorée qu’elle puisse être… »

A la fin du texte, il y avait ceci : « Pour tous renseignements, s’adresser à Mme Germaine Holley, 127, rue du Ranelagh, Paris-XVIe. Jas.90-37« .

Je saisis aussitôt le téléphone et composais le numéro, le cœur battant. Une voix me répondit, c’était bien Madame Holley. Je lui expliquais l’expérience que je venais à l’instant de vivre et lui dit qu’il était très important pour moi que je la rencontre le plus vite possible.

– Vous savez, me dit-elle, vous avez bien de la chance de me trouver. J’étais sur le point de partir quand le téléphone a sonné et là je pars pour 15 jours chez ma fille à Bruxelles. Mais, venez me voir à mon retour, disons le lundi dans 15 jours à 19 h.

Et pendant 15 jours, je n’ai pour ainsi dire pas dormi. Seul comptait, à l’horizon, ce fameux lundi où je pourrai enfin LA rencontrer, rencontrer « Germaine » comme je l’appelais en moi-même. J’étais comme un amoureux dans l’attente d’un rendez-vous galant et je compris pourquoi il nous faut utiliser les termes de l’amour même et surtout pour les choses de l’Esprit.

Enfin, le grand jour arriva. C’était un soir de janvier pluvieux et sombre, mais j’avais le soleil en moi. Germaine Holley me reçut dans son petit appartement de la rue du Ranelagh. Elle me demanda de lui raconter mon parcours et je notais les « coïncidences » qui nous unissaient : elle était née à Besançon, la ville où j’avais passé mon enfance et mon adolescence et qui est restée chère à mon cœur ; elle avait vécu à Casablanca, au Maroc, la ville où j’étais né…Elle me demanda ma date de naissance et prit les éphémérides. A ma grande stupéfaction, elle se mit à me parler de moi sans avoir monté mon thème, juste en lisant les éphémérides ! A la fin, elle se leva et me dit:

« Mon cher ami, bon maillon – je vous appellerai bon maillon ! – vous êtes venu au bon moment pour que je vous enseigne. A partir de la semaine prochaine, vous viendrez une fois par semaine, et nous travaillerons sur votre thème, votre âme est revenue s’abreuver à la source ! »

 


Besançon et la célèbre boucle du Doubs

Et c’est ainsi que, pendant plusieurs mois, Madame Holley me révéla les arcanes de l’Astrologie de l’évolution à partir de mon propre thème. Et même si j’avais étudié sans discontinuer depuis 6 ans, je ne pouvais pas imaginer quelles profondeurs me seraient révélées là.

Quand je me rendis, la semaine suivante, pour mon premier cours, j’étais malgré tout quelque peu angoissé car je ne savais comment je pourrai le payer. Je venais juste de m’installer comme astrologue (ce qui me semble un comble, avec le recul, compte tenu de ce que j’ai pu encore apprendre par la suite, tant auprès de Germaine Holley que de Dane Rudhyar, mais les circonstances de la vie m’avaient tout naturellement conduit à démarrer à ce moment-là ma carrière d’astrologue. De ce point de vue, cette situation était « juste« ). Je gagnais à peine de quoi payer le loyer de mon petit appartement de la rue Rambuteau et de quoi manger frugalement. Mais Madame Holley, non seulement refusa que je la paye (« Je dois vous enseigner, bon maillon !« ), mais de plus m’invita à manger dans un petit restaurant de la rue du Ranelagh où elle avait coutume d’aller avec Vouga. Une table lui était réservée à chaque fois qu’elle venait, « la table de Charles« .

« C’est sur les nappes en papier de cette table que Charles passait le temps du repas à faire l’Astrologie du Verseau« . Je m’asseyais respectueusement, essayant d’imaginer Charles, emporté par son extraordinaire intuition, élaborer les principes de cette Astrologie que nous pouvons aujourd’hui retrouver grâce à la fidélité inébranlable que Germaine Holley lui voua jusqu’à la fin de sa vie. Son livre, « Au-delà de la Rencontre », retrace la relation indissoluble de ces deux âmes sœurs.

Ainsi, à chacune de ces soirées particulières que je passais auprès d’elle, nous avions ce rituel. D’abord, le petit restaurant, ensuite le cours. Et quand je ressortais de chez elle, j’étais littéralement transporté, marchant sur des nuages, complètement imprégné de tout ce qu’elle me faisait découvrir, le cœur inondé d’actions de grâces et de gratitude. Il me fallait bien 10 à 15 jours, jusqu’au cours suivant, pour intégrer au plus profond de moi-même la lumière uranienne que j’avais reçue.

Bien des années plus tard, astrologue confirmé, voire reconnu, alors que désormais je suivais mon propre chemin de Verseau, il m’arrivait de passer la voir rue du Ranelagh. C’était à mon tour de l’inviter à la table de Charles et d’évoquer avec elle la mémoire du grand homme qui avait nourri de sa puissance évocatrice la conscience de bien de personnes et qui était – et est toujours – pour moi l’une des pierres angulaires non seulement de mon Astrologie mais aussi de mon être profond.

Du temps de ma collaboration avec Germaine Holley, et même par la suite, je ne manquais pas, le 8 octobre de chaque année, jour de son anniversaire, de lui apporter un pot de Saint Paulia violet. C’était la plante préférée de Charles.

 


Bouquet Saint-Paulia

 

Telle a été « la » rencontre. Il me faudrait aussi parler, pour évoquer la genèse de ce que je suis aujourd’hui et que j’essaie de partager avec ceux et celles qui sont intéressés par cette approche, de mes années de discipulat en même temps que de collaboration avec Germaine Holley, des étés passés à Varengeville, en Seine-Maritime, là même où est enterré Georges Braque, pour suivre les séminaires d’été et rester ensuite, alors que les stagiaires étaient partis, dans le silence de cette grande maison, à approfondir les enseignements reçus…

© Samuel DJIAN-GUTENBERG 2001

Note: La photo de Charles Vouga m’a été donnée par Germaine Holley elle-même, celle de Germaine Holley par l’une de ses cousines, rencontrée à Grenoble lors d’une conférence que j’ai donnée dans cette ville en 1995.

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